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D7. Les rivières se cachent pour mourir

Il y a comme ça des petits bouts de route auxquels on s’attache avec le temps. On n’y traîne pas de souvenirs d’enfance, mais en passant et en repassant par là, par obligation ou par plaisir, on accroche aux arbres, aux berges, aux bruits, aux silences aussi, quelques histoires d’adulte.

Là, la D7 se faufile sur 50 kilomètres seulement, étroite, entre les roches et les rivières, du périph’ de Tours à Candes-Saint-Martin, gorgée des eaux du Cher, de l’Indre et de la Vienne, gorgée d’Histoire et d’histoires, et flirtant avec la Loire, longtemps invisible mais dont on sent partout la lumineuse présence.

Savonnières tient son nom du latin saponaria. Les Romains, dit-on, construisaient des bleds à proximité des grandes villes pour produire du savon. Tout ce qu’il semble rester de cet héritage, c’est un restaurant Le Saponaire, qui me paraît être l’une des meilleures tables du coin : menu à 15 euros, produits frais, belle présentation, et feu de cheminée…

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Plutôt que de me peler dans les grottes pétrifiantes, je me pose souvent là à regarder les eaux calmes du Cher venir se cogner à un petit barrage, qui les transforment en un spectaculaire bouillonnement. Là, des cormorans, parfois des hérons, l’été des sternes sont à l’affût de poissons sonnés par les battements soudains de l’eau. L’été, encore, les gamins viennent se perdre dans le courant.

Ce sont les derniers soubresauts du Cher, quelques kilomètres plus loin, il quitte la D7, s’enfonce dans les terres et se jette dans la Loire. La D7 continue quant à elle sur Villandry, où, dit-on, les jardins seraient magnifiques. Les parkings sont pleins de pèlerins, quel que soit le jour de l’année. J’ai toujours été surpris de cette affluence.

La dernière fois que je suis allé à Villandry, c’était en plein hiver, et je crois bien que les quelques plantes grasses qui survivaient dans le gel se sont foutus de moi à mon passage. Faut dire, faut être con d’ouvrir des jardins en plein hiver.

La route compte tant de virages qu’elle en est virevoltante. Les maisons en tuffeau se succèdent, les jardins ouvriers, quelques belles bâtisses, quelques viticulteurs, des vendeurs d’asperges à la sauvette, une sorte de bordel luxueux comme on en trouve en Touraine. On aurait presque envie de s’arrêter sur le bas-côté pour pisser un bol et respirer l’odeur de la Loire si proche.

On commence à apercevoir des vergers, on s’approche de Rivarennes et de sa poire tapée, celle que tous les Tourangeaux connaissent sans jamais l’avoir goûtée. Et la route ne tarde pas à rejoindre l’Indre qui me semble être la plus belle rivière de Touraine, la plus intime, celle qui invite au calme et au repos.

Au bord de l’Indre, j’imagine toujours le vieux pêcheur aux mains tremblantes allumer son mégot, se servir un canon d’un pinard bien rougeoyant et plonger ses yeux dans l’eau, sans savoir trop s’il attend le poisson ou la mort.

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La route continue au-delà de Rigny-Ussé, mais je m’arrête là, il pleut comme vache qui pisse, et je me dis que je serai peut-être à l’abri dans les hautes tours du château. Je ne vous raconterai pas l’histoire de la Belle au Bois Dormant. A d’autres ! Je n’y jamais cru…

Avouons-le, il faut aimer les contes, les vieilles pierres, les personnages en cire, s’attendre à ne rien apprendre ou presque, ne pas aimer la pluie et chercher à s’en abriter, savoir se marrer des nanas qui font la pose star-system sous l’objectif de leur mari, savoir supporter les « pourquoi » incessants des enfants et les parents qui ne répondent pas, ne pas être à 14 euros près, pour apprécier la visite…

rigny-usse-1En bas du château, un petit pont, peut-être le dernier, enjambe l’Indre qui s’en va bientôt, lui aussi, se jeter dans la Loire. Ce jour-là, je n’ai pas continué la route, mais la D7, plus loin, épouse les dernières secousses de cette rivière.

Je sais que la route touche au but quelques kilomètres plus loin encore, après avoir enfin embrassé la Loire qui se promettait sans se donner. En cherchant un peu, en se perdant dans les sous-bois, l’été, on trouve quelques coins pour s’allonger dans ses eaux et se laisser caresser par les lents courants. Instants de solitude, de silence, de quiétude.

Terminus de la D7. Candes-Saint-Martin. C’est là qu’une troisième rivière, la Vienne, vient se jeter dans les bras du plus grand fleuve sauvage d’Europe. C’est là aussi que je m’étais fait braquer ma 4L, et je me souviens que le flic avait résolu l’affaire en 30 secondes sans bouger son cul de sa chaise : « Ce sont les Manouches ». J’étais tombé sur le meilleur, assurément.

En sortant du périph’ de Tours, vous avez ainsi parcouru 50 bornes d’une route qui tient du prodige, une route sculptée par un fleuve longtemps invisible et des rivières qui viennent y mourir. Vous n’avez jamais atteint le 90 sur le compteur, à peine le 70, vous vous êtes sans doute arrêtés à pisser, ou pour casser une croûte, vous vous êtes peut-être baignés à poil, vous en avez peut-être profité pour ne penser à rien.

Et c’est tout le bien que je vous souhaite.

Texte et photographies : Donatien Leroy, Battements de Loire

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Le Saponaire
Café Hôtel Restaurant
2 rue Principale
37510 Savonnières

Les Grottes Pétrifiantes
61 Route des Grottes Petrifiantes
37510 Savonnières
www.grottes-savonnieres.com

Château de Villandry
3 rue Principale
37510 Villandry
www.chateauvillandry.fr

Château d’Ussé
37420 Rigny-Ussé
www.chateaudusse.fr

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2 / 2 Commentaires

  1. J’ai sillonné cette route l’autre jour sous pluie battante.
    Avant Rigny, ai pris au pif, une petite route, sur la droite. Des champs au bord de l’indre, une cabane mystérieuse,des vaches dans les prés à qui j’ai demandé pardon. Seule avec Délidou. Pas âme humaine qui vive, mais tant d’âmes autrement belles .Parenthèse enchantée,

  2. PS : un jardin en hiver, non, pas con. Il vit du dedans. Tu y contemples la vie invisible.

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