CONTRE COURANTS > VIVRE AUTREMENT
L’homme qui aimait les arbres
Arboretum de Veigné

“Quand un arbre tombe, on l’entend ; quand la forêt pousse, pas un bruit.”
Proverbe africain. Une promenade avec Michel Davo.

michel-davoVeigné. Charmante petite bourgade de Touraine, où il m’est arrivé un dimanche de m’arrêter pour casser la croûte sans jamais rien trouver… Et j’étais alors reparti, l’estomac vide, non sans avoir goûté un peu de la quiétude des lieux. Seule l’Indre semblait sortir quelque peu de sa torpeur…

En venant de Tours, on rentre dans le bourg, on prend à gauche après le parking central, on continue sur une petite route dont on ignorait l’existence et dont on ne sait où elle mène, et on se retrouve planté au bout de quelques kilomètres devant un portail en bois.

Il y est indiqué l’existence d’un arboretum. Derrière le portail, bien des oiseaux donnent de la voix, et il est vrai, comme on le dit en Birmanie, qu’un bon arbre peut loger dix mille oiseaux.

Un vieux chêne est planté là, vous donnant un peu d’ombre en cette journée caniculaire. J’apprendrai plus tard, de la bouche de Michel Davo, qu’il y a seulement une cinquantaine d’années, c’était là le seul arbre dans le décor.

Ginkgo-et-brumes

En avançant dans l’allée, entre deux étangs, on a peine à y croire. Au départ, il n’y avait rien. Rien qu’une carrière et un chêne, dont Michel Davo hérite. Et le jeune homme planta un premier arbre, puis un autre, et encore un autre…

Aujourd’hui, on s’avance dans une forêt, à l’ombre d’arbres plantés au gré des envies, sans ordre apparent, seul l’ordre de racines et de couleurs et d’odeurs qui s’arrangent entre elles.

Depuis cinquante ans, Michel Davo les voit grandir, se courber, se toucher, parfois tomber, se relever, et d’autres toujours prennent la relève.

Etang-et-nympheasAdolescent, Michel Davo souhaitait devenir garde-forestier : « On m’a dit de plutôt continuer mes études, alors j’ai passé un diplôme en design pour mettre l’art au service des produits manufacturés. A Paris, on a redessiné les panneaux routiers, le piéton et les voitures qui se doublent, c’est moi… Je suis très exposé en tant qu’artiste ! »

Plutôt baba cool, selon son aveu, Michel Davo décide ensuite d’ouvrir une boutique de vêtements indiens à Tours, une autre de vannerie, ce qui lui laisse du temps pour son arboretum.

Michel Davo est un homme tourné vers la nature, un contemplatif. A la question, que vous apportent les arbres, il répond en souriant : «  Des soucis ! Les plantes en général m’intéressent, j’aime créer un paysage en essayant de marier les couleurs, les écorces, les tailles, comme Monet et son Giverny. »

Environ un millier d’espèces d’arbres et d’arbustes se côtoient ici. Des érables du japon illuminent l’automne, là un cèdre du Liban, jeune de 40 ans, semble déjà épouser le ciel, là encore des noms qui vous invitent au voyage, le sapin bleu du Colorado, le mélèze du Japon, ou encore l’epicea pleureur qui ne pousse que sur une montagne de l’Oregon.

bambous-geantsOn trouve là une centaine d’espèces de bambous, la plante a une mauvaise réputation, peut-être un motif pour un esprit rebelle d’essayer de la redresser, cette réputation. Michel Davo semble reconnaître chacun des plants, il aurait une histoire à raconter sur chacun d’eux.

Au fil de la promenade, au gré des petites allées intimes, Michel Davo livre quelques secrets de ses arbres : ici, le Ginkgo Biloba, considéré comme le plus vieil arbre du monde, est le seul organisme vivant à avoir redonné signe de vie quelques mois après la bombe d’Hiroshima. Plus loin, le pinus coulteri est surnommé le faiseur de veuves parce que ses pommes de pin de deux kilos tombaient régulièrement sur la tête des bûcherons.

Là encore, une libellule passe, et Michel Davo de rappeler qu’il y a des milliers d’années, les libellules mesuraient quatre-vingts centimètres, que leur taille a rétréci avec la diminution de l’oxygène dans l’air.

Plus loin, c’est un faon qui nous regarde, sans peur. A peine même de l’étonnement…

Michel Davo prend ses quartiers d’été ici, les toilettes au fond du jardin, le lit en bambou au bord de l’étang, histoire de s’endormir les yeux dans les étoiles, histoire de se réveiller le nez dans la brume. Un proverbe africain dit : « Assieds-toi au pied d’un arbre et avec le temps, tu verras l’univers défiler. »

Il est temps de repartir. On s’excuse presque d’avoir quelque peu bousculé la quiétude du lieu. Du bonhomme aussi. On le remercie vivement. L’espace d’une heure ou deux, on est parti en voyage, comme la sève parcourt un arbre, comme la feuille jaune virevolte, légère et silencieuse, avant de tomber au sol.

Les Indiens Cree du Canada disaient ; «  Quand le dernier arbre sera tombé, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson pêché, alors vous découvrirez que l’argent ne se mange pas. »

 

tableau-composteurTexte : Donatien Leroy, Battements de Loire
Portrait de Michel Davo : Donatien Leroy
Photographies : Michel Davo

En 2000, à la demande du maire de Veigné, Michel Davo ouvre l’arboretum au public, d’avril à septembre un week-end par mois, et trois week-ends en octobre quand les arbres se colorent.
Michel Davo invite régulièrement des artistes. Il s’adonne lui-même à la création avec, notamment, d’étonnants tableaux composteurs.

Arboretum de la Martinière
87 rue du Lavoir 37250 Veigné

Toutes les infos : http://arboretumveigne.hautetfort.com

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