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Les ailes du désir

Où il devait être question de photographie. Mais où il est question d’un fleuve, de bancs de sables, du balbuzard, du castor, des battements de la Loire. Un photographe qui incarne son sujet. Un sujet qui réalise un homme.

olivier-simonOlivier Simon, vous êtes reconnu dans le monde de la photographie de nature, et votre terrain de chasse est la Loire. Une passion !

J’ai grandi à Fondettes, près de la vallée de la Choisille, mais j’ai vite été attiré par la Loire, où j’allais me baigner ou bivouaquer… Elle était un terrain de jeu, elle est devenue un terrain d’observation. Sans compter sa lumière unique et ses couleurs particulières, le fleuve est un corridor, un couloir migratoire, et nombreuses sont les opportunités d’admirer la nature. J’ai rapidement construit une embarcation pour me camoufler et prendre des vues au ras de l’eau. On a ainsi une proximité avec les oiseaux. Ils ne te repèrent pas du tout et vivent leur vie. On rentre alors dans leur intimité.

Pourquoi la Loire baigne-t-elle dans cette lumière qui lui est propre ?

La Loire a une eau de plus en plus claire, filtrée par des mollusques invasifs, de plus en plus nombreux. A cela, il faut ajouter la présence du sable qui renvoie la lumière. Le tuffeau, pierre très claire, joue aussi son rôle.

Vous n’êtes pas seulement photographe, vous êtes aussi engagé dans des associations comme l’ASPAS.

J’apprécie beaucoup le travail de l’ASPAS, vraiment indépendante car elle s’autofinance. L’ASPAS milite pour la protection des animaux sauvages et n’hésite pas à engager des poursuites judiciaires. Elle a ainsi obtenu la condamnation de braconniers. Elle veille aussi sur la chasse aux « nuisibles », comme les renards. Une chasse légale en France, et pourtant, l’ASPAS a réussi à faire interdire certaines battues.  Enfin, elle essaie de protéger des espèces persécutées, comme le blaireau, que personne pourtant ne mange !

Pourquoi le blaireau est-il ainsi persécuté ?

S’il a échappé à l’inscription sur la liste nationale des espèces « nuisibles », le blaireau reste cependant classé « gibier », et une période complémentaire de chasse peut être autorisée par arrêté préfectoral du 15 mai au 15 septembre. Cela dans le but présumé de lutter contre les dégâts supposés de l’espèce, dont les impacts sont souvent exagérés. Ce statut ambigu permet aux équipes de déterrage de se livrer à une véritable chasse-loisir, durant une période de fermeture générale de la chasse. Des concours et des championnats sont organisés au détriment de cette espèce, même lors des périodes de reproduction et d’élevage des petits.

29-août-2008-2008-08_DVD02-443Quel est votre souvenir de photographe le plus fort ?

En août 2008, et j’en ai encore des frissons, j’ai pu approcher une espèce mythique, le balbuzard pêcheur ! Pendant longtemps, on n’en observait plus qu’en Corse, puis sa population a recolonisé le continent. Dès qu’ils sont de retour des Pays du Nord, je suis à l’affût. La Loire est un corridor pour eux. Et pourtant, il est très rare et difficile de les observer. Cet été-là, le balbuzard était à cent mètres de moi et je m’étais fait une raison, je ne pourrai le voir de plus près. Mais il devait en avoir assez de voir les mouettes tourner autour de lui et lui piquer son poisson. Alors il est venu se poser juste devant moi ! Il a pris son bain ! Et ce jour-là, la lumière était sublime ! Toutes les conditions pour la photographie étaient réunies… J’ai cru à l’alignement des planètes ! Toutes ces journées d’attente de 7h00 à 17h00 m’ont paru légères, on se dit que ça finit par payer… en émotions brutes.

21-mai-2011-2011-05-368Et si nous parlions, égoïstement, des oiseaux de Loire que je préfère, les sternes…

C’est un peu ma signature, mon totem. Elles ont une finesse, une élégance quand elles volent… Les sternes naines hivernent en Afrique. Elles viennent ici pour nicher, et pondre dans les bancs de sable. Parce que les bancs de sable sont des lieux de quiétude, à l’abri des prédateurs.  Malheureusement, les printemps pluvieux comme cette année font monter le niveau des eaux et réduisent à néant les nichées…

31-octobre-2011-2011-10-96Et l’oiseau le plus philosophe à mon sens parce qu’il ressemble à un point d’interrogation, le héron…

Dans les années 70, il avait quasiment disparu, et maintenant il est très courant. Il a un point commun avec le photographe de nature, il est à l’affût pendant des heures. Il attend qu’un poisson passe à côté de lui pour le harponner.

On assiste aussi à une forte présence des cormorans…

Le plus remarquable est d’assister à une pêche collective de cormorans. Ils sont capables de se rassembler pour cerner des poissons et les pousser vers des eaux peu profondes. Et les hérons et les mouettes n’attendent qu’une chose : que le repas soit servi !

Si un seul mot pouvait qualifier la Loire, quel serait-il ?

Imprévisible. Chaque année, son visage change, son débit change, son niveau aussi, les bans de sable sont poussés et modelés par les courants… Elle est toujours différente.

30-juillet-2010-2010-07_DVD01-153Les digues ou levées, elles aussi, ont modifié son visage, non ?

On a construit des digues par peur des crues. Avant, la Loire avait des plaines où elle s’étirait puis se retirait. Maintenant, elle a perdu une partie de son caractère sauvage. On assiste à une forte végétalisation des rives et des îles du fleuve, des bois se créent même au milieu de la Loire. Avant, le courant des crues hivernales nettoyait la végétation apparue durant la période d’étiage sur les bancs de sable… On a donc perdu cette dynamique.

Le fleuve est-il en danger ?

Il l’a été à cause des projets de barrage à la fin des années 80… Mais je pense qu’ils sont tous définitivement abandonnés. Les lâchers de barrages provoquent des montées d’eaux si brusques qu’elles balayent tous les oiseaux… La Loire est de plus en plus reconnue, notamment par l’Unesco, mais aussi au niveau local…  La création de zones protégées qui bénéficient d’un Arrêté de Protection de Biotope, comme celle à hauteur de Montlouis-sur-Loire, permet au fleuve de s’étaler dans les plaines, et la faune peut s’y développer favorablement… Ici, on ne remettra pas en cause les levées, car on ne raisonne fleuve que par rapport à la peur de possibles crues… Mais les gens sont de plus en plus conscients qu’il s’agit d’un important patrimoine…

Le tourisme grandissant n’est-il pas un danger pour la faune ?

Le pire, ce sont les canoës qui passent là où les oiseaux nichent… Parce que les gens croient que tous les oiseaux nichent dans les arbres ! La Loire à vélo apporte une belle reconnaissance au fleuve même si certains travaux n’ont pas été du goût des oiseaux…

10-février-2012-2012_février_054Cette reconnaissance est-elle la prémisse d’une nouvelle vie pour le fleuve ?

Nous menons des actions de sensibilisation, mais on a l’impression de ne toucher que des gens qui n’ont plus besoin d’être convaincus… Les jeunes ont sans doute autre chose à faire… Et les menaces sur la Loire aujourd’hui sont silencieuses, comme certaines plantes qui apparaissent, dont les origines sont connues (aquariophilie, plantes d’intérieur importée…), et qui ont un impact négatif sur la faune…De même, si l’eau est limpide, je ne conseille pas de se nourrir que de poissons de Loire ! Mais il faut rester optimiste, il y a aussi des progrès, comme le retour du balbuzard…

Une question, parce que je crois devenir dingue… Contrairement aux autres années, en 2015 je n’ai aperçu que trois pauvres hirondelles… J’ai même l’impression que le ciel se vide. Que se passe-t-il ?

L’agriculture utilise de plus en plus de pesticides, qui ont évidemment un fort impact sur les insectes. C’est tout de même la nourriture des hirondelles, et leur nombre a donc considérablement chuté. Quand on assiste à un printemps pluvieux, cela a un impact sur les œufs, et donc sur le nombre d’oiseaux sur une année. Mais quand on assiste à une diminution sur plusieurs années, on ne peut que constater alors l’impact des pollutions humaines.

Entre le retour du balbuzard et la disparition des hirondelles…

Quand l’homme décide de réparer ses erreurs, ça marche, les espèces reviennent. Mais il reste les pressions économiques, notamment celles de l’agriculture. Et quand votre voisin coupe un vieil arbre sans raison apparente, ce sont des milliers d’insectes qui nourrissent les oiseaux qui disparaissent avec lui.

Un vaste équilibre ! Merci, Olivier… Qu’allez-vous faire maintenant ?

Je vais aller photographier les castors qui sortent le soir pour déguster les jeunes pousses de peuplier… C’est donc l’heure pour moi d’aller les observer… Voilà une espèce qui a recolonisé la Loire et qui se porte bien !

livre-loirePropos recueillis par Donatien Leroy, Battements de Loire
Photographies : Olivier Simon

Le site web d’Olivier Simon : www.baladenature.com
Le livre d’Olivier Simon : www.leclub-biotope.com

Le site d’ASPAS :www.aspas-nature.org
Le site de la LPO : www.lpo.fr

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Un commentaire

  1. Article fort sympathique, une lecture agréable. Ce blog est vraiment pas mal, et les sujets présents plutôt bons dans l’ensemble, bravo ! Virginie Brossard LETUDIANT.FR

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