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Parfois même nous grandissons
Fabienne Colboc Fabiejos Ateliers

Matriochka. Dîtes Poupées russes. Elles apparaissent en Russie vers 1890 seulement, après qu’un industriel se soit inspiré d’un ensemble de sept poupées japonaises, les sept divinités du bonheur.

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Devenues emblème du continent slave, on trouve des collectionneurs partout dans le monde, et même sur nos bords de Loire. On les imagine alors, comme Fabienne Colboc, ouvrir la première poupée, puis la seconde, puis la troisième, dans l’attente fébrile de découvrir un trésor, comme un secret bien gardé.

On dit de la septième poupée qu’elle symbolise le vrai.

IMG_9779wEt si, dans la trajectoire de Fabienne, la première poupée, cette grande poupée qui se montre à tous, était la Loire ? Fabienne, jeune parisienne, s’installe à Tours avec sa famille à l’âge de douze ans. Elle n’a alors qu’une envie, pousser les murs de ces rues trop étroites de cette petite ville de province. « Aujourd’hui, je cours le long de la Loire, je me balade… S’il n’y avait pas ce fleuve, j’irais vivre en bord de mer. J’ai besoin de ses paysages à perte de vue. »

La grande poupée s’ouvre pour découvrir la seconde. Tours, si petite pour une gamine de Paris. « C’est un village. A douze ans, je pensais que je n’aimerais pas vivre ici. Mais on connaît vite beaucoup de monde, il est facile de se rencontrer, il est facile de tout faire à pied. C’est vraiment agréable. »
Une poupée à taille humaine. Qui a ses avantages et ses inconvénients. « Tout cela est presque trop facile, et mène à un certain manque d’intimité. Il est difficile de se promener sans rencontrer une connaissance… »

On ouvre la seconde poupée, et voici la troisième. Une petite boutique dans une petite rue du vieux Tours, rue des 3 écritoires, dont on pousse la porte, soit par hasard, soit parce qu’on y est invité. Une petite boutique à l’ancienne où certes les accessoires de mode sont agencés, mais où la marche du client n’est pas invitée à suivre des rayons pensés et organisés, mais où surtout le regard peut s’amuser et se perdre. Il est de petits endroits qui semblent de grands espaces.

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La quatrième poupée n’est pas perdue au milieu des autres, elle est le milieu, trois la précèdent et trois la suivent. « Depuis toute petite, je voulais une machine à coudre, mais je crois qu’on ne me prenait pas au sérieux. En 2005, je me suis offert ce rêve de gosse. »
Ici, rue des 3 écritoires, on trouve maintenant des manchettes, des cols, des ponchos, même des bavoirs… Tous réversibles. Et ce mot qualifie bien l’endroit, le lieu… et la femme qui nous accueille. Au fond, lister ces accessoires serait bien moins important que raconter le chemin qui mène à eux. «  J’aime chiner de beaux tissus, des boutons anciens, et même des galons… Ensuite, je recherche ce qu’ils deviendront. Je me laisse guider par mes propres envies, ces matériaux sont mes outils, mes sources d’inspiration. »
IMG_9791wFabienne n’a pas de diplômes en couture, elle n’a pas fait les Beaux-Arts, elle a fait Socio. « Alors la reconnaissance de ce que je fais ici m’a donné beaucoup de confiance. Il y a peut-être plus de contraintes quand on apprend les techniques de couture. Sans règles, je me sens libre. J’ose certains mélanges de tissus qui ne se font pas habituellement, comme la laine avec le coton. Je suis libre de ça. »

On sent, en regardant et en écoutant Fabienne, un appétit de vivre insatiable. Bavarde et très bavarde, elle parle vite, a de grands yeux curieux, et des mains qui parlent tout autant. Elle a des envies ? Elle les réalise. On regarde alors la cinquième poupée en apprenant que Fabienne est consultante en reclassement, et on l’imagine refiler de son énergie et de ses envies à quelques personnes au bord de la route, parfois même à bout de souffle. Parfois même, elle reçoit dans son boui-boui de la rue des 3 Ecritoires pour mener des bilans de compétence, ce qui semble moins glacial qu’un bureau de Pôle Emploi, et sans doute plus propice aux envies de repartir. De se relancer. De retrouver une envie.

Quand la sixième poupée apparaît, on sait déjà que Fabienne aime se balader sur les bords de la Loire, sur des chemins mal balisés, du genre à toujours rechercher le prochain caillou à balancer dans les eaux du fleuve.
Insatiable, elle voudrait dessiner, faire du théâtre, actrice plutôt que spectatrice, on la voit créer des salons à Paris pour s’exposer et inviter d’autres créateurs, on la voit chroniqueuse à TV Tours, on l’a même vue sur la liste électorale de Jean Germain. « Avec lui, la ville s’est embellie, un nouveau théâtre, un tramway, le Sanitas qui a évolué… Je ne m’ennuie pas dans cette ville, et le maire participe à ça. Je ne suis pas dans l’engagement politique, mais je suis une femme de projets. »

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Alors, quand la septième poupée apparaît, la question du vrai et du dernier mot se pose : «  Avenir. Les personnes plongées dans leur passé se ressentent comme des victimes. Je suis quelqu’un qui regarde beaucoup devant. C’est bien aujourd’hui et ce sera encore mieux demain. L’avenir, on ne sait pas de quoi il est fait, et c’est cela qui est bon. J’aime les photos des gens que l’on voit grandir, vieillir, tous les ans à la même période, les photos de répétition dans le même cadre, sur le même canapé, dans le même jardin. »

Comme des poupées russes. Que l’on découvre petit à petit. Toujours identiques et toujours en mouvement. Comme les sept poupées du bonheur, nous ne déclinons pas, au contraire, nous nous déclinons. Et, parfois même, nous grandissons.

 

Texte et photographies : Donatien Leroy, Battements de Loire

Fabiejos Ateliers
11 rue des 3 Ecritoires à Tours
Ouvert le samedi

Sur la toile :
Fabiejos Ateliers
 : www.facebook.com/fabiejos
Fbj Ateliers Coaching Formation : www.facebook.com/fabiennecolboc

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Un commentaire

  1. Très bel article !

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