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Le passeur sonne toujours deux fois
La Maison du Passeur

Savonnières. Un des bleds les plus attachants de Touraine. Là, il y coule le Cher secoué par un petit barrage et survolé de sternes criardes. Plus intrépides et moins patientes que le héron, qui attend inlassablement qu’un poisson glisse entre ses échasses pour pouvoir l’accrocher.

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Là, en 1850, il y avait un passeur, entendez un type avec un bac, sans doute sans diplôme mais avec une barque qui permettait de franchir la rivière, d’une berge l’autre, faute de pont. Il avait même une maison.

La Maison du Passeur est toujours là. Intimement coincée entre le cours d’eau et un chemin de promenade d’un côté, la D7 et l’église de l’autre… Et figurez-vous que 150 ans après, elle a retrouvé ses lettres de noblesse : celle d’être un lieu de passage, celle de faire office de pont.

Un pont entre deux rives ? La notre et celle d’artistes et d’artisans, triés sur le volet par Dolores et Nathalie. Encore une histoire de femmes ! Une histoire d’amitié… d’amitiés… Il suffit de les rencontrer, de leur parler pour y croire… A cette complicité comme une tour imprenable…

IMG_6167Dolores et Nathalie se sont rencontrées dans le cadre du travail, elles ont le même âge, que nous ne dévoilerons pas (il paraît que cela ne se fait pas…), elles partagent des envies communes, des idées communes, des idéaux communs…

Dans le même temps, la Maison du Passeur est une ruine que la Mairie décide de retaper pour en faire un commerce à vocation culturelle… Dolores et Nathalie proposent un projet qui sera retenu et neuf mois plus tard, en juin 2013, la Maison ouvre de nouveau ses portes…

Elle ouvre ses portes aux artistes et artisans qui pensent leurs créations et les produisent de leurs propres mains. Voilà le credo. Potiers, maîtres verriers, créateurs de bijoux, créateurs de meubles, photographes, peintres, producteurs de miel, la liste est non exhaustive…

Dolores précise : « ils ne sont pas tous Tourangeaux, mais tous ont pensé, construit, produit par eux-mêmes. Le respect de la santé et de l’environnement entre aussi en jeu dans nos choix… » Et Nathalie d’ajouter : «  des gens qui travaillent au scalpel, qui ont une vraie créativité… »

IMG_6180A la Maison du Passeur, on croise un maître verrier qui recycle des bouteilles de vin, une créatrice de bijoux qui recycle des fourchettes ou des cuillères, un tourneur sur bois qui considère que l’on peut tout faire avec cette matière…

Les gens qui passent là sont séduits, mais ce ne sont que des gens qui passent… « Si nous étions payées au compliment, » ironise Nathalie… Et de ce couple savoyard qui, entre deux coups de pédales, s’est promis de reproduire le concept…

Il est vrai que Savonnières est un bled de passage pour les Tourangeaux, pourtant ils seraient bien avisés d’y passer quelques dimanches au bord de l’eau, de s’y baigner, y bronzer sur la plage, s’y goinfrer dans les quelques bons restos, s’y balader main dans la main le long de la rivière…

Et flâner à la Maison du Passeur… Visiter l’étage où découvrir les expositions… Ne demandez pas le programme, rien n’est planifié, les expos vont et viennent comme les eaux du Cher… L’autre credo : la rencontre !

Le concept pourrait être résumé par la restauration qu’Dolores et Nathalie proposent : « local, sain et pas de gaspillage ! » Les légumes proviennent pour la plupart de leur propre potager. Pour Nathalie, « il y a des principes auxquels nous ne voulons pas déroger… Pour faire de l’argent, nous pourrions vendre du Coca sous des parasols Heineken, mais ça ne nous intéresse pas ! Dans notre quotidien, nous essayons d’acheter local et d’être soucieuses de l’environnement… De passer quelque part en essayant de ne rien abîmer… D’avoir un impact minimal… De recevoir des gens engagés dans leur façon de produire ! »

IMG_6198Dolores en profite pour évoquer la cause animale : « Nous sommes tous responsables d’un changement d’attitudes, ce sont de petits gestes… C’est important de prendre conscience de l’impact que l’on a ! L’homme croit qu’il progresse toujours vers un plus haut niveau de civilisation, mais il faut voir comme il traite les animaux… la cruauté dont il fait preuve… Il n’y a pas d’excuses à cela ! Et ceux qui pensent qu’il vaut mieux s’occuper des humains avant de s’occuper des animaux sont souvent ceux qui ne font rien… Paul Mc Cartney a dit : Si les abattoirs étaient en verre, plus personne ne mangerait de viande… »

Certains grincheux ne verront pas de rapport entre ces propos et le concept de la Maison du Passeur. Pourtant, il me semble évident pour plusieurs raisons, dont la première est l’engagement. Deux femmes engagées, actrices dans ce monde…

Le partage, les rencontres… Les sourires d’Dolores et Nathalie… Leur tendresse… Là, avec une bouteille de Loere entre les lèvres, les yeux perdus dans le Cher à regarder des gamins se baigner, à écouter deux femmes croire qu’on peut un peu, chacun, modifier la course imbécile de notre monde, je me sentais un peu plus grand dans l’univers…

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Il y a des endroits comme ça, qui ne paient pas de mine, des territoires perdus, et ce sont justement des mines dans lesquelles on s’engouffre pour retrouver un peu de ce que nous sommes… Des êtres fragiles, sensibles, curieux, patients, attentifs, créatifs, amoureux…

Vous pousserez la porte de la Maison du Passeur, vous direz « Bonjour », vous rencontrerez Dolores et Nathalie, et elles vous souriront… Et vous repartirez en vous disant que de changer de petites et mauvaises habitudes ne perturbera en rien votre vie mais redonnera tout simplement du souffle et de l’espace à celle des autres. Vous serez convaincus, vous serez conquis !

Texte et photographies : Donatien Leroy, Battements de Loire

Plus d’infos : La Maison du Passeur

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3 / 3 Commentaires

  1. J’y cours ! (d’eau, bien sûr…).

  2. Lorsque l’on me reproche mon engagement pour la cause animale, via les « Et la faim dans la monde ?  » et autres « Et le nucléaire », outre que l’ envie d’asséner deux-trois bourre-pifs, ma question en retour »Et toi, pour quelle cause te bats-tu, concrétement ? » laisse mon interlocuteur muet, pantois, ahuri. Car, le plus souvent, aucune lutte n’habite son existence.

  3. Je n y suis pas encore allée ,mais on ne m en dit que du bien

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