25 août 1944. Le massacre de Maillé
L’abbé Henri Péan
#02 Curé et résistant

laisser-passer

1930. L’abbé Henri Péan, qui deviendra l’un des grands noms de la résistance en Touraine, a 29 ans lorsqu’il est nommé curé de Draché, Maillé et la Celle Saint-Avant. « Péan le fou », comme on le surnomme, est une sorte d’hyperactif, toujours sur les routes pour donner des coups de main à ses fidèles ouailles. Péan ne tient jamais en place.

abbe-henri-peanLe 12 avril 1940, il est incorporé dans l’armée. Le 19 juin, il est fait prisonnier de guerre. Grâce aux multiples interventions de l’archevêque de Tours et du maire de Draché, il est libéré pour Noël et rejoint sa paroisse. En qualité de prêtre, il obtient un précieux ausweis… un laissez-passer pour la ligne de démarcation.

Péan sait qu’ils sont nombreux, ceux qui cherchent à passer clandestinement en zone libre, des soldats évadés, des aviateurs alliés, des juifs. Alors, Péan se donnera corps et âme à cette périlleuse mission, et ne tardera pas, en tant que passeur, à se faire un nom dans les fermes et les cafés de la région.

Péan se démène, utilise son réseau de connaissances pour héberger et nourrir ceux qui sont dans l’attente de franchir la ligne. Parmi elles, la comtesse Marie-Thérèse de Poix demeure au château de la Roche-Ploquin, non loin de Sepmes, elle parle anglais et héberge des aviateurs britanniques ou américains qui cherchent à regagner l’Espagne. Au début de l’année 1944, elle sera arrêtée par la Gestapo, torturée et déportée à Ravensbrück. Elle y survivra et s’engagera toute sa vie dans des œuvres de mémoire.

En 1941, Péan s’est fait un nom dans le milieu de la Résistance. Du nord de la France, de Paris, on lui envoie des aviateurs, il passe de précieux courriers en zone libre, il organise des parachutages d’armes, il observe les déplacements des troupes allemandes et informe les alliés. Les résistants sont les yeux de Londres.

En 1943, Péan est chargé d’obtenir des informations sur la manufacture d’armes et le trafic ferroviaire de Châtellerault. Il s’appuie dès lors sur les cheminots et obtiendra des renseignements précieux sur le trafic entre Paris et Bordeaux. Péan est infatigable.

La même année, il devient chef départemental du réseau Vengeance. Une centaine d’aviateurs serait passée par ce réseau. Pour un seul aviateur, il faut l’héberger, le nourrir, lui trouver des vêtements, des faux-papiers, trouver des véhicules et encore des convoyeurs… Pour les faux-papiers, Péan fait appel à des secrétaires de mairie de La Celle-Saint-Avant, de Sainte-Maure de Touraine ou de Sepmes.

ligne-de-demarcation

André Goupille, autre nom de la résistance, alors vétérinaire à La Haye-Descartes (aujourd’hui Descartes), raconte : « En février 1943, un soir à dix heures, nous sommes réveillés par des coups bruyamment frappés dans notre porte. Nous habitions à ce moment au Grand-Pressigny où nous étions encore protégés par la ligne de démarcation des menaces de la Gestapo. Aussi, quand nous ouvrîmes, nous ne fûmes guère surpris de voir devant nous M. l’abbé Péan. (…)
– On ne vous a donc pas fait la commission ! Je vous ai téléphoné à six heures à l’hôtel !
– Je suis grippé ! Je suis rentré à cinq heures et ne sais rien de ce qui a pu arriver pour moi en ville.
– Il faut venir au Bois-Robert chercher un Américain.
– Mais je suis terriblement grippé !
– C’est secondaire ! L’homme a une balle dans la jambe et je n’ai pas de moyen de transport pour l’amener chez vous où il passera quelques jours.
– Mais je n’ai pas d’essence pour sortir ma voiture ! Je n’ai qu’une moto…
– N’est-ce pas suffisant ? »

andre-goupileAndré Goupille n’a d’autre choix que d’obéir. Péan « avait amené, ce soir-là, de Sepmes, en voiture, un aviateur américain évadé d’Allemagne. Celui-ci était descendu seul en gare de Port-de-Piles et, tout simplement, avait demandé au buffet, chez Botté, où il pourrait passer la ligne. A l’accent avec lequel la question était posée, devinant tout de suite à qui elle avait affaire, Mme Botté avait aussitôt conseillé de s’adresser au curé de Draché : dans toute la région, il était quasi de notoriété publique que, lorsqu’on était en butte aux poursuites des Allemands pour quelque motif que ce soit et qu’on avait besoin d’un asile ou de passer la ligne, l’abbé Péan était là pour s’occuper de vous. »

Caché chez Mme la Comtesse de Poix, « pour quelques jours de repos, l’Américain avait été transporté par M. Rancien, de Sepmes, à proximité de la ligne, qu’on lui avait fait traverser ensuite dans un tombereau conduit par Mlle Baumard. Maintenant, il était à Bois-Robert à nous attendre. De mon logis à Bois-Robert, il y avait douze bons kilomètres, par des chemins encore très mauvais, mais qui, à l’époque, étaient effroyables, parsemés de trous et de pierres roulant sous l’effet du gel. L’abbé me demanda de le remorquer. »

En pleine nuit hivernale, « sans lumière, une main tenant le guidon, l’autre la corde attachée à la moto, à allure réduite certes mais risquant à chaque instant, une chute grave, il fit, tiré ainsi, ses douze kilomètres. A onze heures et demie nous étions arrivés. Après avoir attaché la jambe du blessé à la pédale de la moto, je reprenais le chemin du retour. L’abbé repartit dans le noir, à travers la ligne, pour rentrer chez lui et revenir sans doute, le soir même, faisant ainsi, le plus souvent à pied, quarante kilomètres dans la nuit pour sauver des prisonniers évadés, des Juifs et tous les parias au monde. » (1)

affiche-contre-resistance

Péan sera victime de sa notoriété. Dans ce monde rural, tout se sait. Quand les Allemands sentent que le vent tourne en leur défaveur, au début de l’année 1944, ils envoient des indicateurs français dans les cafés pour écouter aux portes. Le 13 février, l’abbé est arrêté à la sortie de la messe qu’il célèbre à La Celle-Saint-Avant.

Dans les locaux de la Gestapo, rue George Sand à Tours, il est interrogé et torturé pendant deux semaines. Le 27 ou 28 février, devant son incapacité à faire parler le prisonnier, Diertmar Geissler tue l’abbé dans un accès de colère.

Les Allemands sont embarrassés. L’abbé est très populaire et, en ces temps difficiles pour eux, la collaboration des populations est primordiale. Ils décident de taire la mort de Péan et l’enterrent au cimetière La Salle à Tours sous le nom de Henri Verdier. Son corps ne sera retrouvé qu’en 1949.

Lors de la nouvelle inhumation de Péan le Fou à Draché le 12 janvier 1949, André Goupille dira : « Des recoupements nous permettent d’estimer à 2000 les personnes à qui il fit traverser la ligne de démarcation, et à plus de 100 les aviateurs alliés qu’il évacua vers l’Espagne, et quand la Gestapo l’arrêta le 13 février 1944, pour accomplir la tâche qu’il s’était donnée, il devait encore convoyer près de 200 pilotes tombés dans notre sol et disséminés dans toute la France. »

 

A suivre Chronique d’une mort annoncée #03 Janvier-Août 1944
Précédemment Le Commun des mortels #01 1939-1944 en Touraine

marie-therese-de-poixTexte : Donatien Leroy, Battements de Loire

Sources :
(1) 25 août 1944, Maillé… Sébastien Chevreau, Ed. Anovi, 2012
Maillé Martyr, Abbé André Payon, édité par la Maison du Souvenir de Maillé, 2007
L’abbé Henri Péan, chef méconnu de la Résistance en Touraine, Jean-Gilles Dutardre, Éditions ANOVI, 2011
Disponibles à la Maison du Souvenir de Maillé.
Illsutrations :
Laissez-Passer : www.memorial-compiegne.fr
Ligne de démarcation : www.cndp.fr
André Goupille : www.ajpn.org
Affiche  : www.quotidien-parisiens-sous-occupation.paris.fr

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Un commentaire

  1. très intéressant

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