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Can’t Stop !
Little Rina and the Frenchies, Swing

Fermez un peu les yeux, vous roulez à bord d’un vieux pick-up ronronnant, sur les bords du Mississippi, et la radio vous balance Mañana de Miss Peggy Lee, et vous vous dites qu’il y a bien des musiques qui, même avec une gueule de bois carabinée, un cafard à renier ses parents, vous remettent d’aplomb pour braver encore et encore tous ces jours mornes qui s’annoncent.

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Swing. Se balancer. La vie ressemblerait un peu à ça, à ce truc, ce swing des boxeurs et des jazzmen, des corps qui se cognent et des corps qui dansent.

Le swing a sans doute fait son lit dans des salles souterraines, des Cotton Club, où l’alcool prohibé coulait, les salles enfumées, des musiciens libres le temps de quelques notes. Pour Laurent, « le swing découle du jazz du début du siècle dernier, celui de la Nouvelle-Orléans, un jazz très écrit. Mais le swing s’est démarqué en cultivant l’improvisation. »

Une autre particularité du swing sera d’embarquer sur scène une ribambelle de musiciens, les big bands, et c’est peut-être de là que vient son effet prozac, sans danger rassurez-vous, mais provoquant néanmoins certaines dépendances.

Une autre encore, selon Marina : « c’est un mélange de musique blanche et de musique noire, ce qui apporte toute sa volupté ! » Une volupté qui vient, pourquoi pas, de voix féminines, celles de Peggy Lee, de Kay Starr, de Betty Hutton… Autant de femmes blanches qui deviennent des stars en s’appropriant ces rythmes noirs.

little-rina-and-the-frenchies2015. La Loire a de la gueule aussi, autant que le Mississippi. Marina Coccia au chant, Laurent Blet à la guitare « pompe » (pas étonnant qu’ils reprennent Blue Suede Shoes…), Etienne Quezel au saxo et à la clarinette, Kevin Goubern à la guitare solo, Carl Cordelier à la contrebasse sont des gardiens du temple. Nom de code : Little Rina and the Frenchies.

Et même pour former le fleuve swing, il faut au moins deux rivières : c’est Marina qui amène, emmène son univers, son répertoire, Marina, une chanteuse autodidacte, croyez-le ou pas, qui a appris ses gammes en chantant par-dessus la radio…

L’autre courant, ce sont les quatre gars de Madamirma qui apportent à ce swing leur culture jazz manouche. Les débuts ne sont pas évidents, comme le rappelle Laurent : « Nous ne connaissions pas cet univers. Il s’agissait souvent de bands de vingt musiciens. Et nous, nous sommes que quatre ! Du coup, nous avons revisité cette musique en y apportant notre patte manouche. »

En huit mois, l’album Mississippi voit le jour. Des reprises des années 40, peu connues, qui obligeraient même le plus austère des moines à bouger son corps ou encore à mettre debout des guitaristes manouche, traditionnellement assis ! «  Ce que j’aime là-dedans, c’est l’énergie, c’est du swing, mais j’ai le sentiment de faire du rock’n roll. Comme en peinture, c’est pas du noir et blanc, il y a là toutes les palettes de couleurs… »

Little Rina ? Laurent regarde Marina avec un sourire, de la tête au pied : « ça s’explique tout seul, non ? » Et Marina d’ajouter : « Il y a des gens qui m’appellent Little pensant que mon nom de famille est Rina ! » The Frenchies ? « Ce qu’on appelle le jazz manouche, à l’époque de Django Reinhardt on l’appelait French Jazz… Ce n’est qu’après que les manouches se le sont approprié. »

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Comme dans le jazz manouche, il n’y a pas de batterie chez Little Rina. Elle est remplacée par la rythmique des deux guitares. Il faut voir et entendre Laurent expliquer ça  : « Les temps forts du rock et du swing sont différents. Le rock repose sur le premier et troisième temps 1-2-3-4, à l’inverse du swing où l’on accentue le deuxième et le quatrième temps 1-2-3-4. »

Marina a ces rythmes dans le sang autant que dans la voix : « Avec le swing, je ressens une sensation de bien-être, même avec les balades tristes. C’est toute une époque, un style, une élégance… Ça raconte pas mal d’histoires d’amour qui finissent mal, les filles sont souvent malmenées… Les femmes comme Ella Fitzgerald tombaient sur des gugusses, elles n’étaient pas très considérées… »

Et Little Rina and the Frenchies de réussir ce qui est presque un prodige : rassembler le public jazz et celui du rock des années 50. Et ainsi de parcourir des scènes telles que celles de Jazz en Touraine à Montlouis, de la Fête de l’Huma à Paris , du Festival Rhythm Riot à Camber (Angleterre)… L’année prochaine, un nouvel album plus poussé, plus énergique encore, verra le jour.

Alors, vous pouvez toujours quitter cette route qui longe les fleuves, et même rouvrir les yeux, et lâcher le volant de votre vieux pick-up, il y a ce rythme qui continue de vous coller à la peau, vous vous étonnez même à taper encore du pied, assis là devant un café, vous vous étonnez même encore à esquisser un sourire, vous trouvez toutes les filles jolies. La mouche vous a piqué. Vous en reprendrez très vite une tournée.

Texte : Donatien Leroy, Battements de Loire
Photographies : Philippe Lucchese et Guy Cordelier

Plus d’infos sur Little Rina and the Frenchies :
www.littlerina.fr
www.facebook.com/Little-Rina-and-the-Frenchies/

Un extrait de l’album Mississipi…

Mississippi     

… et un extrait du prochain album :

Mellow-Saxophone     

 

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