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Frontière

Olivier Taveau a frappé fort dès son premier livre avec le Prix du premier roman au Festival de Beaune. Si nous avons taquiné, à titre posthume, quelques « âmes troubles »  comme Balzac ou Rabelais, nous vous proposons enfin un entretien avec un écrivain qui a tout l’avenir devant lui.

olivier-taveau-ames-troublesQui êtes-vous ?

Olivier Taveau, 41 ans. Né à Tours et jamais vraiment parti depuis. Auteur des « Ames Troubles », roman primé au festival international du film policier de Beaune.

Quel est votre souvenir le plus intimement lié à la Touraine ?

Le marché médiéval de Chinon. Une institution dans mon enfance. Une fête hors des modes où les habitants renouent avec leurs racines le temps d’un week-end. Tout y est : l’histoire, la fête, le vin, les chants, les rires, la chaleur. Tout ce qui fait le sel de cette région depuis des siècles.

Qu’aimez-vous particulièrement en Touraine ?

Le temps. Il s’y écoule sans heurts. Trop tranquillement parfois, mais il me fait l’effet d’un cocon, une sorte de refuge où chacun peut trouver son rythme et sa place.

Un lieu auquel vous êtes attaché ?

Les bords de Vienne. La rivière qui m’a vu grandi, des parties de pêche avec mon père à mes premières ivresses.

Une odeur ?

Celle de la Briocherie Lelong à Tours. La première que les visiteurs découvrent en sortant de la gare et la dernière qu’ils emportent en reprenant leur train.

les-ames-troublesUn plat ?

Les fouées. Une sorte de boule cuite au four garnie de tout ce qui vous tombe sous la main. Un restaurant s’en est même fait une spécialité. Plein de souvenirs aussi…

Un livre ?

« Le grand Cœur » de Jean-Christophe Ruffin.

Retrouve-t-on la Touraine au détour des pages de votre roman ?

Pas de trace de la Touraine dans les pages des « Ames Troubles ».

Si la Touraine était un livre, quel serait-il ?

Un roman de Balzac forcément. Un de ses innombrables récits sur la bourgeoisie de Province. Le genre d’ouvrage qui traverse les générations.

Enfin, la légende dit que c’est en Touraine que la langue est la plus pure. Quel est votre mot préféré ?

Frontière. Pour tout ce qu’il peut évoquer de curiosité, de découverte, de dépassement, d’imaginaire…

Propos recueillis par Donatien Leroy, Battements de Loire

Extrait :

« Ce n’était plus qu’une silhouette confuse, spectrale, mais sa voix continuait de flotter dans la chambre, mélopée funeste.
J’ignore si nous aurons l’occasion de nous revoir. Probablement pas. Et la tentation sera grande, demain à ton réveil, de songer à cet instant comme à un mauvais rêve. Ne commets pas cette erreur. La réalité est rancunière. Nous aurons des heures sombres, mon frère. Terribles et magnifiques. Nous accomplirons de grandes choses. Toi et moi, mon frère. Toi et moi. Tu vas souffrir. Atrocement. Avoir mal comme jamais tu n’as eu mal. Tu souhaiteras mourir, tu voudras me voir mort, mais jamais tu ne m’arrêteras. Ce n’est pas une question de talent, de volonté ou de chance. Je suis au-delà de ces vanités, au-delà de ce que tu peux concevoir. Et si, comme je le suppose, tu en viens à t’interroger sur les raisons qui t’auront désigné à ce sort, sache que mérite et justice n’y sont pour rien, pas plus que le hasard. Tu es l’unique responsable des désastres à venir. Je tuerai. Tant et plus. Je tuerai parce que je l’aurai décidé. Et lorsque tu seras parvenu au seuil de notre enfer, sans autres recours que t’y précipiter, sois assuré mon frère que je t’attendrai. »

Les Ames Troubles, Olivier Taveau, Editions Le Masque, 2015

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