INFLUENCES > CINEMA
Des divagations et des bancs de sable

Rencontre avec Dupont Lajoie. Monsieur Jean Carmet. Ce type qui, comme ça, planté devant une caméra, peut vous plier en deux ou vous faire couler une larme. Ou même vous laisser pantois, quand vous ne savez pas, devant son sourire en coin, s’il faut vraiment rire ou vraiment pleurer…

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Jean Carmet, vous êtes né à Bourgueil le 25 avril 1920, mais je ne révélerai bien sûr pas votre âge…

Je suis d’une époque où les salles de bains n’existaient pas, où les femmes accouchaient chez leurs parents.

Quel enfant étiez-vous ?

Un gosse, ça doit manquer de rien et foutre le bordel ! Ça doit faire un boucan du diable, se jeter dans tes cannes, t’empêcher de parler tranquille ou de bouffer peinard ! C’est signe de bonne santé.

Votre père était viticulteur. Pensez-vous que quelque chose d’anatomique se joue dans la transmission du goût du vin ?

Il y a des globules rouges, il y a des globules blancs, peut-être qu’il y a aussi des globules rosés ?

En grandissant à Bourgueil, rien ne vous prédestinait à cette carrière d’acteur.

Il y a dans mon pays un art de conter qui, je crois, a exercé une influence énorme sur mon destin de comédien. Ma façon de m’exprimer en tant qu’acteur doit beaucoup à tous les personnages que j’entendais parler.

Du hasard et des rencontres ?

Sans mes amis, je ne serais rien, c’est eux qui m’ont inventé.

Autour d’un canon toujours…

Vider une bouteille avec quelqu’un, c’est une manière pudique de se dire l’amitié. Il faudrait que les bistrots aient un parfum d’éternité.

Sans faire injure à votre immense filmographie, j’ai une affection particulière pour La Soupe aux Choux, émouvante fable contre l’urbanisation galopante, dans laquelle deux jeunes révolutionnaires entonnent la nuit des hymnes à la nature et à l’univers…

C’est quand même ben foutu les étoiles ! Oh il parait qu’il y en a des milles et des milles ! Écoute dont voir là ! (La rédaction n’est en rien responsable de la flatulence qui se produit alors) *

Vous en ferez tomber Jacques Villeret de la voûte céleste, autre Tourangeau, né à Loches…

Si on peut plus péter sous les étoiles sans faire tomber un martien. Il va nous en arriver des pleines brouettes. *

Pensez-vous être aujourd’hui parvenu au sommet de votre art ?

Celui qui dit qu’il est arrivé, c’est qu’il n’est pas allé bien loin.

Monsieur Carmet, avez-vous peur de la vieillesse ?

Je considère la vieillesse comme une insulte. Je vais finir dans le désordre.

La révolution ?

La seule arme que je tolère, c’est le tire-bouchon !

Que vous portez toujours sur vous… Pensez-vous arrêter votre carrière un jour ?

Être acteur, cela demande une espèce d’énergie, de vie, une énergie musculaire et le jour où on ne peut plus le faire, cela correspond à la page qui se tourne.

C’est l’expérience qui parle ?

L’expérience n’intervient que quand on n’a rien à dire. Le plaisir des mots, c’est aussi le secret des mots, le silence.

carmet2Vous produisez votre vin à Bourgueil, comme un retour aux sources.

Bourgueil est dans mon cœur, c’est la meilleure des adresses.

Pourquoi cet amour du pinard ?

Un homme qui ne boit pas de vin du tout est suspect. Moi, je boirai du lait le jour où les vaches mangeront du raisin !

Boire ou conduire…

Il faut choisir, mais on ne va tout de même pas rentrer à pied.

Il y a le vin et cette pierre, le tuffeau, qui rendent frères tous les Tourangeaux.

Le tuffeau est une pierre magique, source d’émotions, extraite des carrières de Touraine, qui se régénère elle-même, une pierre extrêmement vivante, toujours fraîche d’aspect.

En conclusion, comment vous définiriez-vous ?

Je suis peut-être un petit fleuve, avec des divagations et des bancs de sable, comme la Loire.

Une petite brève de comptoir avant de nous quitter ?

Celui qui a inventé l’échelle, on ne peut pas dire que c’est un con. Mais celui qui a inventé l’étagère trop haute, je ne lui fais pas mes compliments !

Propos recueillis par Donatien LEROY, Battements de Loire

Sources :
Livres :
Je suis la badaud de moi-même par Jean Carmet, 2000, Plon
Ce semblant de journal par Jean Carmet, 2001, Plon
Série télévisée :
Brèves de Comptoirin Palace? série télévisée créée par Jean-Michel Ribes, 1988
Film :
* La soupe aux choux réalisé par Jean Girault, 1981

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