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« J’aime la liberté par instinct, par nature »

pamphlet

Malgré son patronyme, Paul-Louis Courier n’est pas l’inventeur de la diligence, et encore moins de services postaux. Il était pamphlétaire, et comme il se doit de tout pamphlétaire, il fut assassiné. Dans une forêt, près de Véretz.

Enfant illégitime, né à Paris en 1772 d’un père bourgeois qui épousera sa mère cinq ans après seulement, Paul-Louis connaîtra les aller-retours entre la capitale et la propriété familiale La Véronique à Cinq-Mars-La-Pile. L’enfance est plutôt heureuse.

Dans les années 1790, il cire ses bottes dans les écoles militaires, parcours classique du petit bourgeois, mais déjà, grandit en lui le rejet de la guerre (qui fait rage ces années-là) et surtout de ses donneurs d’ordre. Il écrira plus tard : «  Ce ne serait rien d’avoir tué quinze ou vingt mille hommes, par exemple. Avec cela, on est à peine nommé dans l’histoire. Pour y faire quelque figure, il faut massacrer par millions.  »

paul-louis-courierSuivent 17 longues années de guerres, et pour lui la Campagne d’Italie… Il échappe à la mort à plusieurs reprises, fait preuve de quelques actes héroïques… Paul-Louis, depuis son adolescence, est un admirateur de la Grèce antique, et à ce titre, n’hésite pas à chevaucher sans étriers, ni éperons. Ecoeuré par le Bonapartisme et les horreurs auxquelles il assiste, il quitte l’armée pour sillonner la route des bibliothèques italiennes.

De retour à Paris, il se marie et s’offre en 1818 une ferme, La Chavonnière , à Véretz. Se développe alors son esprit pamphlétaire : «  Laissez le gouvernement percevoir des impôts et répandre des grâces ; mais, pour Dieu, ne l’engagez point à se mêler de nos affaires. Souffrez, s’il ne peut nous oublier, qu’il pense à nous le moins possible. Ses intentions à notre égard sont sans doute les meilleures du monde, ses vues toujours parfaitement sages, et surtout désintéressées ; mais, par une fatalité qui ne se dément jamais, tout ce qu’il encourage languit, tout ce qu’il dirige va mal, tout ce qu’il conserve périt, hors les maisons de jeu et de débauche. »

Opposé à la Restauration, il ne tardera pas à essuyer quelques barreaux de prison. Au cours de son procès, Paul-Louis n’hésitera pas à brancarder les nouveaux aristocrates : « Il n’y a, pour les nobles, qu’un moyen de fortune, et de même pour tous ceux qui ne veulent rien faire : ce moyen, c’est la prostitution. La cour l’appelle galanterie. » Ou encore pour se défendre ironiquement : « Soldat pendant longtemps, aujourd’hui paysan, n’ayant vu que les camps et les champs, comment saurais-je donner aux vices des noms aimables et polis ? »

Il se fait rapidement un nom, Stendhal dit même de lui qu’il est « l’homme le plus intelligent de France  ». Mais il reste isolé, il ne rejoint aucun parti. Son credo : la question sociale. «  Tout vice, écrit-il, vient d’oisiveté, tout désordre public vient du manque de travail. » La terre doit être partagée et doit appartenir à ceux qui en vivent. Ses pamphlets libéraux et anticléricaux s’attaquent aux nouveaux seigneurs post-Révolution.

Engagé, enragé, peut-être parfois épuisé au point de se laisser aller à une sorte de mélancolie : «  Mais dites-moi, je vous prie, vous qui avez couru, sauriez-vous un pays où il n’y eût ni gendarmes, ni rats de cave, ni maire, ni procureur du roi, ni zèle, ni appointements (…) ni généraux, ni commandants, ni nobles, ni vilains qui pensent noblement ? Si vous savez un tel pays, montrez-le-moi, et me procurez un passeport. »

Paul-Louis n’aura pas le temps de rejoindre ce pays, il est assassiné le 10 avril 1825 dans sa forêt de Larçay, officiellement par son garde-chasse Frémont, officiellement pour de simples raisons domestiques, mais l’idée d’un complot politique n’a jamais et ne sera jamais écartée. «  La vie est un brelan où celui qui laisse voir son jeu est assuré de perdre, » écrit-il à sa femme.

Paul-Louis est enterré dans son village de province. Au plus près de la terre tourangelle et de ses paysans. «  Adieu mes amis ; buvez frais, mangez chaud, et faites l’amour comme vous pourrez. »

Texte et photographie : Donatien LEROY, Battements de Loire

Bibliographie :
Oeuvres Complètes, Paul-Louis Courier, Bibliothèque de la Pléiade

Sources :
http://www.paullouiscourier.fr
http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul-Louis_Courier
http://www.paullouiscourier.fr/citations.php

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Un commentaire

  1. J’avais raté ce papier ! Heureusement, ma curiosité a payé !
    Je en savais rien de lui. Quel bonhomme !

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