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Trois couleurs Fraternité
Mélanie Fortier Parti Radical de Gauche

Trois couleurs Bleu, Blanc, Rouge. Trois valeurs Liberté, Egalité, Fraternité. Trois portraits de femmes engagées dans l’action politique. Mélanie Fortier, Présidente du Parti Radical de Gauche en Indre-et-Loire et conseillère régionale, évoque pour nous la Fraternité.

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Ce bon vieil Aristote disait, il y a de cela quelques années déjà – comme le temps passe vite… –, que « l’homme est par nature un animal politique. » Mais qu’en est-il des femmes ? De quelques proches soi-disant bien informés de la scène politique tourangelle, j’entendais des sons de cloche qui auraient dû me dissuader de rencontrer Mélanie Fortier. Oui, elle serait bien un animal politique, trop animal ou trop politique…

Si, dans les mots d’Aristote, il n’y avait rien de péjoratif, de nos jours… Mais je n’écoute personne. Et si Mélanie est un animal social, moi je suis un ours mal léché. J’écris parce que je ne connais personne, j’écris en Candide, j’écris en naïf, et quand je connaîtrais trop de personnes, quand je les connaîtrai avant même de les rencontrer, quand j’aurai un réseau, alors je cesserai d’écrire.

Assis là devant elle, chez elle, devant un café, elle a pris son temps, elle a parlé, beaucoup parlé, pour dévoiler une part précieuse de ce qui l’animait. Anima en latin signifiant âme, esprit et même souffle, je crois aujourd’hui que Mélanie est une femme habitée, honnête et engagée.

Saïdia, ma nounou, parlait beaucoup, la palabre comme on disait. Je crois que j’ai appris à discuter au Maroc. Et c’est devenu mon ADN.

Continuons nos références, et passons d’Aristote à Obélix. Mélanie est tombée tôt dans la marmite. « Mon père était à la LCR, et mes parents étaient très actifs en 68, ils ont notamment participé à la séquestration du Président de l’Université avec Cohn-Bendit. Ensuite, ils sont partis au Maroc en coopération, et j’ai alors grandi au milieu des femmes. De 3 à 6 ans, je ne suis pas allée à l’école. Saïdia, ma nounou, parlait beaucoup, la palabre comme on disait. Je crois que j’ai appris à discuter au Maroc. Et c’est devenu mon ADN. »

Retour en Gaule, et entre 6 et 10 ans, grimpée sur les épaules de ses parents, elle ne rate aucune manifestation. « Et en 81, j’avais huit ans, on criait dans la cour de l’école : Giscard au placard !, » dit-elle avec un fier sourire.

Suivent des études de sociologie. Une thèse sur les territoires et l’espace tourangeau l’amène à rencontrer les maires de l’agglomération de l’époque. « Si la liberté d’action dans le local est forte, elle est alors essentiellement incarnée par les hommes. » Elle sympathise avec Jean Germain, qui recherche des jeunes et des femmes pour sa nouvelle liste électorale. Elle répond : « Pourquoi pas ! »

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43ème sur la liste et dernière élue. Elle a 27 ans. Germain lui confie les questions relatives au Droit des Femmes et à la Culture auprès des Jeunes. « C’était une mission passionnante. On a organisé des manifestations comme les Rencontres Urbaines à Joué-Les-Tours. On a monté un projet artistique entre un chorégraphe et un groupe de femmes qui, dans leur majorité, ne travaillaient pas, plutôt mères au foyer, sans implication dans l’espace public. Face à certaines injustices sociales, nous souhaitions proposer d’autres moyens d’expression et d’émancipation. »

En août 2002, Mélanie se rend à l’Université d’Eté du PS. « J’ai trouvé que c’était une trop grosse machine. Il fallait sans doute 20 ans de parti pour pouvoir s’y exprimer. Et quand Christiane Taubira se présente alors aux Présidentielles, je suis convaincue. Je rentre au PRG en 2004, séduite par la vision portée sur l’Europe fédérale et sur la laïcité, par un univers plus petit aussi où il est plus facile de s’exprimer. »

Elle assiste à ses premières assemblées, où se trouvent autant d’hommes que de femmes. « C’était un bon présage. Et c’est aussi un univers plus rabelaisien, plus convivial, plus proche de la culture du sud qui est la mienne. Je suis née à Carcassonne ! Et enfin, cet Humanisme qui relie les grands élus radicaux, comme Jean Zay. Ils n’ont cessé de défendre les valeurs fondamentales de la République, la Liberté, l’Egalité, la Fraternité, mais aussi la Laïcité.  »

Il est si facile de rester cantonnés dans nos univers sympatoches, là où la peur de l’autre s’apprend très tôt.

Et d’ajouter la responsabilité individuelle. « Il faut motiver l’implication individuelle. La pensée de la lutte des classes a rencontré ses limites. J’aime la façon de faire des Belges avec leur système de votation par internet sur tout un tas de sujets. Nous, nous nous privons de l’avis des citoyens. Il faut les consulter beaucoup plus. Sur la déchéance de nationalité, il fallait donner un moment d’expression libre sur : Qu’est-ce que la nationalité ? Il fallait déclencher un référendum. »

Autant dire que, dès lors, la question du parcours de Mélanie n’a plus cours, elle est branchée sur secteur, et elle a des choses à dire… « La société aujourd’hui est plus violente que les précédentes. Il faut transmettre des valeurs aux gosses, en commençant par le respect de soi-même. Les rapports entre enfants sont vraiment très violents. Être le premier, ce n’est pas ce qui va les faire grandir, ce n’est pas primordial, mais au contraire aller vers l’autre, avoir un environnement hétéroclite, être protecteur envers l’autre. Il est si facile de rester cantonnés dans nos univers sympatoches, là où la peur de l’autre s’apprend très tôt. »

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Oui, bien sûr, mais l’action politique dans tout ça ? « La domination, c’est presque mécanique, alors les règles collectives permettent de faire respecter une certaine justice. Cela donne confiance en soi de trouver des rapports équilibrés. Pour reprendre Coluche, tout le monde n’est pas égaux. C’est Dallas contre les institutions. Soit, être fort, c’est être riche et écraser tout le monde, soit, être fort, c’est rééquilibrer les rapports de force par les institutions. L’individualisme, le moi seul, ce n’est pas la liberté de chacun. C’est la société qui permet de garantir l’égalité et la liberté de tous. »

D’accord, Mélanie, mais… « Être plus riche en s’intéressant à ceux qui sont différents de soi. Ça s’apprend très tôt, c’est le rôle des parents, c’est aussi le rôle de l’école, même si elle ne peut pas tout. »

Ma mère me disait : Sois heureuse, ma fille, et je serai heureuse. C’est génial, certes, mais comment fait-on pour être heureux ?

Oui, oui, mais… « On voudrait laisser les enfants grandir à leur gré comme on jette des graines. C’est l’idéal, bien sûr. Mais il faut les aider à construire des liens solides, aimer passer du temps ensemble. Les enfants solitaires, il faut leur donner à manger. Ma mère me disait : Sois heureuse, ma fille, et je serai heureuse. C’est génial, certes, mais comment fait-on pour être heureux ? »

Je lève le doigt pour éventuellement en placer une, comme un type qui s’accrocherait désespérément à une branche au milieu des rapides. Pour en revenir à notre bon vieil Aristote. « Celui qui est hors cité, naturellement bien sûr et non par le hasard des circonstances, est soit un être dégradé soit un être surhumain, et il est comme celui qui est injurié en ces termes par Homère : sans lignage, sans loi, sans foyer. »

Mélanie, je ne sais si elle le sait, est assurément aristotélicienne. « Dans la société, il est toujours plus facile de s’en sortir quand on sait où on va. Et c’est la culture, la famille, la solidarité qui permettent cela. A tout moment, la solitude guette chaque individu. Et c’est le décrochage. On peut vivre en ermite au milieu du monde, mais il y a trop de gens isolés au milieu de nous sans qu’on s’en rende compte. Ou qu’on s’en rende compte quand il est trop tard, comme au moment de la canicule avec nos anciens. »

Décrochage, on pense alors à ces jeunes qui partent loin de nos frontières s’entraîner à la guerre. « Comment des jeunes qui ne meurent pas de faim, ni de froid, qui ont une famille, des amis, peuvent ainsi décrocher ? Tu ne sers à rien dans cette société ? On adhère ensemble, on joue collectif, on a besoin d’idéaux, et ces jeunes on leur amène du prêt-à-mourir, et ça marche. Ils ont soif d’idéaux. »

Ensemble. On devait parler Liberté aujourd’hui, mais à coup sûr, Mélanie porte une foi inébranlable en la société, dans ce « lien qui existe entre les personnes appartenant à la même organisation, qui participent au même idéal. » En un mot, la Fraternité (def. Dictionnaire Larousse).

C’est une quête spirituelle, cela ne doit pas être une revendication.

Oui, nous serions ainsi portés par des valeurs communes et, assurément, Mélanie par celle de la Laïcité. Retour au Maroc de son enfance. « Le voile peut être une question de pudeur. Comme en Corse, un voile sur les cheveux. Au Maroc, c’était le cas aussi, la majorité des femmes ne se voilait que les cheveux. Aujourd’hui, le voile intégral, c’est une revendication de femmes pour dire qu’elles existent. On a tellement perdu de repères, il y a tant de dévalorisation globale de l’individu, de son implication aussi. Face à cela, pour être entendu, exister, on trouve une revendication, un espace d’expression. Mais qui isole encore. Il faut ajouter que le voile est réservé aux femmes, comme une ségrégation. Pour cacher un individu aux yeux du monde. »

Mélanie prend le temps de réfléchir. « Je crois que la spiritualité doit uniquement se jouer dans la sphère privée ou dans les lieux de culte. La croyance religieuse implique des règles de vie qui ne sont pas toujours en adéquation avec l’organisation sociétale. C’est une quête spirituelle, cela ne doit pas être une revendication.  »

melanie-fortier-prgLa laïcité est ce totem intouchable mais qui, parfois, est mis en danger par ceux auxquels on ne pensait pas. « A la Région, il fallait une représentation des nouveaux élus dans les lycées. Et donc des élus du FN, qui ne respectent pas toujours la neutralité politique dans les établissements scolaires. Une charte des élus a pourtant été adoptée sur cette neutralité. Quand une élue FN a parlé de la France catholique et de Jeanne d’Arc comme symbole de la France, certains élus ont voulu fermer les portes des lycées au FN. J’ai défendu l’idée qu’ils avaient été élus démocratiquement et qu’il fallait les mettre face à l’exercice du pouvoir. En les confrontant à la réalité et en ouvrant les lycées à la culture, à la mixité, au monde, on se rendra bien compte alors que leurs histoires sont invraisemblables. »

Deux heures d’entretien déjà. Et il en est certains de ces entretiens dont on ressort avec une frustration, celle de ne pouvoir plus approfondir certains points soulevés, d’en aborder d’autres, de débattre aussi, moi qui suis plus près du Walden ou La vie dans les bois de Thoreau que du Contrat Social de Rousseau.

De n’effleurer en réalité qu’un peu de ce qui anime Mélanie Fortier. Mais on ne peut guère douter de cette foi qu’elle porte envers des valeurs qui nous sont communes, de sa volonté de les protéger, de son engagement dans ses combats politiques. Ensemble et solidaires, il semble bien que la Fraternité soit, dans les mots de Mélanie, la première pierre entre toutes.

De sa passion enfin. « L’engagement sans a priori, mettre toutes ses forces dans le combat, dans ses idées, s’engager en y mettant ses tripes, avec le ventre, avancer dans la vie sans filets, la seule manière de trouver du sens à ce que je fais. Vu tous les coups que l’on prend, la passion, c’est le sel de la vie. »

 

Texte et photographies : Donatien Leroy, Battements de Loire

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