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Anatomie du stupre
Un texte d’Audrey Terrisse

Audrey Terrisse, dont il faut  lire de toute urgence « La Nouvelle Came« , nous offre ici trois extraits inédits de sa nouvelle oeuvre « Anatomie du Stupre ». Âmes sensibles, ne surtout pas s’abstenir….

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Il me dit, ton texte est triste. Le cul c’est bon et c’est gratuit. Et tu aimes ça. Tu écriras quoi sur nous ? Le cul c’est bon et c’est gratuit. Et j’aime ça. Et nous c’est pas le stupre. C’est pas l’anatomie du désir que j’écris. C’est l’anatomie du stupre. C’est ma démarche. C’est pas nous. C’est une quête de la vacuité. Se remplir. Et réaliser qu’il ne reste rien. Le stupre c’est pas le désir. Faut pas confondre. Toi je te désire. Je n’obéis pas au stupre. Tout le monde se laisse avoir. Même toi, même moi. Et tous les médiocres. Et souvent sans le saisir. L’anatomie du stupre, c’est une démarche sans concession. Le stupre gouverne les frustrations. Le désir nourrit la création. On est tous frustrés. Dès la naissance. Au sein, le bébé s’égosille du manque de débit. Au biberon, il cherche le mamelon. Dès la naissance, le stupre se niche. Le stupre est un animal indompté. Le petit comptable reluque la secrétaire. Les vieux amants s’accordent des transgressions. L’adolescente avale son mec pour la popularité. Le célibataire cumule les culs. Le vieux compte ses coups passés. Le stupre c’est pour tous, les tape-autour, les bénis-oui-oui, les pardon-j’ai-joui. C’est vrai mon texte est triste. Triste et vain. Comme le stupre. Je connais bien cette errance. Je ne la méprise pas mais je n’en suis pas dupe. Eux le sont. Ces fonctionnaires qui s’encanaillent, ces compteurs de points de retraite, ces néo-bourgeois sauveurs du monde, ces cultureux. Frustrés, comme tout le monde. Alors ils étalent et cavalent. Traitent leur maîtresse de petite pute et ont peur de faire jouir madame. Alors, chéri, je ne veux pas que nous soyons de stupre. Nous devons être désirs et créateurs. Tristes auteurs et gais baiseurs. Le stupre ne sera pas notre guide. Ni par ennui, ni par défi, ni par tromperie. Nous saurons nous inventer.

(…)

C’est le châtelain du village. Du moins aime-t-il le penser. C’est le châtelain du village et il aime le rappeler. Il a sa cour et impose son circonflexe. Le châtelain a du verbe et de la prestance. Il sait recevoir le châtelain. Avec grands crus et langoustes fraîches. Je bois des lèvres et goûte des doigts. Je fais partie des gueux. Tout juste tolérée. Le châtelain aime sa cour et distribue ses largesses. Grands crus et langoustes fraîches. Je sais me rationner. Il aime pas les gros le châtelain. Faut être con pour être gros. Je dois être un peu conne. Je garde mes mots et contemple le ballet. Le châtelain a pris du bide et ses mains tremblent dès potron-minet. C’est café au bistrot. Mais les grands crus pas loin après. Le châtelain a des manières. Il est érudit, collectionne les châteaux, les déclarations à 6 chiffres et les châtelaines. Il paie des pensions à vie le châtelain. C’est pas grave, il est grand seigneur. Il a de l’éducation le châtelain. Et il cultive sa cour. On boit son vin en leçons. Et les gueux attendent sa messe. Moi j’aime les gueux et leurs courbettes. Mais pas le châtelain. J’ai vu ses femmes. Je l’aime bien la première. Elle sourit triste. Et un jour elle part. Les grands crus sont moins bons dès potron-minet. La première plus personne lui parle. Le châtelain a laissé le choix. Grand seigneur. Et les gueux se sont prosternés. La deuxième est une nana trop bronzée avec des mèches et des boucles d’oreilles dorées. Il a maigri le châtelain. Il est fier de sa pépée. Elle s’ennuie en jupon blanc sur son téléphone à coque strassée. Il est fier le châtelain. Il a levé une nana classe. Mais pas sa bite apparemment. Elle n’a connu la cour que le temps des présentations. Elle s’en est tapé un autre. Pourtant une fille éduquée. Avec de la classe. Le châtelain repart en chasse. Les grands crus coulent et ses doigts glissent dans les raies. Droit de ripaille. Droit de cuissage. Il pince un sein et fait ses adieux. C’est pardonné. Et puis il est seul le châtelain. On l’a trompé. Personne ne bronche. Pas même les maris. Pas même les syndiqués. Pas même les féministes. Elle est fraîche la langouste. La troisième est bien plus raffinée. Fringues bohèmes et teinture noire bien entretenue. Des poils bruns dépassent du jeans trop serré. Elle parle aux hommes. Et aux lesbiennes. Elle vient d’arriver. Elle sauve le monde. La troisième est une bonne gagneuse. 3 semaines chrono et elle s’installe. Le châtelain recommence à boire. Il chasse les raies et elle s’en fout.

(…)

Le pervers aime se faire admirer. Il roucoule, séduit, se renseigne, manigance, bombe le torse. Il fait pas le difficile le pervers. La petite, la grosse, la moche, celle qui a les yeux bleus et même celle avec des poils de cul sur la tête. Il aime se faire admirer le pervers. Il collectionne son reflet faussé. Je regarde et je méprise. Mais je reste. Fragilité. Il sait conduire le pervers. Il guette ses proies. Les cueille. Les manipule. Les tourmente. Les reprend. Les jette. Joue la victime. Le pervers guette sa proie et tisse sa toile. Juste pour dominer. Le pervers est complexé. Pas très beau. Une presque gloire. Pas très grand. Et juste chiant. C’est pas lui, c’est les autres. Toujours. Elle m’a draguée. Je voulais pas la blesser. Elle m’a sucé pendant que je dormais. Fallait bien quelqu’un pour la ramener. La parano s’installe. Mais faut rester. Le pervers a bien œuvré. Toutes celles qui passent. Même les boudins. Même les connes. Pourvu qu’elles l’admirent. Je regarde et j’encaisse. Le pervers m’a asservie. Et j’ai cédé. Trop fragile. Il a bien joué. Juste une disciple. Mais sans admiration. Je regarde et je méprise. Un peu ridicule parfois le pervers. Il bombe le torse, parle de son passé, gonfle ses muscles, s’invente une vie. Parfois je le reprends. Il aime pas. Alors il mord. Et repart en chasse. Mais moi je sais le vilain secret. Je l’ai grillé. C’est pas sa faute s’il jouit pas. C’est la leur. Avec moi c’est bon. Il est frigide le pervers. Il a ses raisons. Sûrement pas les bonnes. Il est frigide comme une femme. Sauf quand il réclame un doigt. Faut l’entendre gueuler. Baise-moi ! A vos ordres. Le pervers ment et manipule ses troupes. Séduit et divise. Caresses et tromperies. Serviteur et bourreau. Mais il baise pas. Alors il offre des jouets. Bon débarras. Il baise pas et regarde pas. Il a le porno pour ça. Mais sans se branler. Le pervers mate en cachette des bites torturées, des nichons surgonflés, des starlettes paumées. Mais sans se branler. Et sans baiser. Il s’en fout le pervers. Il peut pas jouir. Son seul plaisir c’est d’asservir.

Audrey Terrisse, Anatomie du Stupre (2015)
Photographie : Audrey Terrisse

 

A lire :
La Nouvelle Came, Audrey Terrisse (2015)
Disponible en livre :
La Boîte Noire, 59 rue du Grand Marché à Tours
Disponible en téléchargement :
www.fnac.com
Disponible en livre et en téléchargement :
www.amazon.fr

Pour en savoir plus  :
Facebook.com/audreyterrisse

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