INFLUENCES > ECRITURES
En mode Bukowski

Rencontre avec l’incontournable écrivain que tout le monde cite en Touraine mais que personne ne lit, François Rabelais. Et, parfois, certains entretiens tournent au vinaigre. Le comble pour des amateurs de bons vins…

rabelaisMonsieur Rabelais, quelle est votre attache à la Touraine ?

Je songe à la Touraine où j’ai déjà été et qui me plaît beaucoup, tant pour la douceur du climat que pour celle des habitants. Je sais où est Chinon et la cave Paincte, aussi j’y ai bu maints verres de vin bon et frais. Le vin est ce qu’il y a de plus civilisé au monde.

Vous savez, Monsieur Rabelais, que vous pouvez parler décontract’ avec nous. Un peu has been comme façon de causer, non ? C’est un peu comme si vous enfiliez des gants pour caresser la joue d’une femme…

Ma dame, sachez que je suis si amoureux de vous que je ne peux plus ni pisser ni fienter. Je ne sais pas comment vous l’interprétez.

Plutôt bien, du moins, je vais essayer… Moi, c’est monsieur, enchanté… Revenons à nos moutons…

Soudain…

Quoi ?

Je ne sais comment la chose arriva si vite, je n’eus le loisir de le considérer, Panurge, sans dire autre chose, jette en pleine mer son mouton criant et bêlant. Tous les autres moutons, criant et bêlant avec la même intonation, commencèrent à se jeter et sauter en mer à sa suite, à la file. C’était à qui sauterait le premier après leur compagnon. Il n’était pas possible de les en empêcher, comme vous connaissez le naturel du mouton, qui est de toujours suivre le premier, en quelque endroit qu’il aille.

Vos fameux moutons de Panurge… Et le Panurge, il s’en est remis ?

Le marchand, tout effrayé de ce que devant ses yeux il voyait périr et noyer ses moutons, s’efforçait de les en empêcher et de les retenir autant qu’il le pouvait. Mais c’était en vain. Finalement, il en prit un grand et fort par la toison du navire, pensant ainsi le retenir, et conséquemment sauver le reste aussi. Le mouton fut si puissant qu’il emporta dans la mer avec lui le marchand qui se noya.

Bien fait… Si ce sont des moutons de Panurge, ce sont au moins des moutons que vous ne boufferez pas ! On connaît votre goût pour la gastronomie, mais aussi pour les femmes, à la limite de la misogynie.

Il n’y a qu’une antistrophe entre femme folle à la messe et femme molle à la fesse.

Encore faut-il les séduire…

Tout vient à point à qui sait attendre.

Je vous croyais un peu plus pressé que ça.

Le temps mûrit toutes choses ; par le temps, toutes choses viennent en évidence ; le temps est père de la vérité.

Mais je manque à mes devoirs… Je vous ressers un godet ?

Jamais homme noble ne hait le bon vin. Le jus de la vigne clarifie l’esprit et l’entendement. Boire est le propre de l’homme, boire vin bon et frais, et de vin, divin on devient. Il y a plus de vieux ivrognes que de vieux médecins.

D’accord, d’accord… mais le dernier, vous conduisez après…

Par le monde, il y a beaucoup plus de couillons que d’hommes !

Ah ! Merci !

Ne clochez pas devant les boiteux.

Bref, vous me pourrissez bien mon entretien et ça vous fait marrer. Un face à face qui ne parle que de fesses n’a ni queue ni tête…

La tête perdue, ne périt que la personne ; les couilles perdues, périrait toute nature humaine.

Cela vous emmerderait de me redonner un peu d’espoir ? Et les lecteurs, ils aiment bien le cul de Janon, mais aussi les grands horizons…

Ce monde ne fait que rêver, il approche de sa fin.

Vous vous en foutez de mon papier…

J’ai par longue et curieuse expérience inventé un moyen de me torcher le cul, le plus seigneurial, le plus excellent, le plus expédient.

On fait quoi alors, on cause ou on picole ?

Il vaut mieux pleurer moins et boire davantage.

Sur ces derniers mots, j’ai resservi un verre à Monsieur Rabelais, il était dans un jour sans, peut-être, ça ne servait à rien d’insister. Je lui ai proposé de remettre ça un de ces quatre. Il m’a juste répondu la bouche un peu pâteuse : «  Fais ce que tu voudras. » Il ne manquerait plus que ça.

Propos recueillis par Donatien Leroy, Battements de Loire

Bibliographie :
François Rabelais, Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade

Sources :
www.evene.lefigaro.fr
www.babelio.com
www.dicocitations.com
www.scoop.it

Vérifiez également

james-3

FRONTIÈRE > SUR LA ROUTE
Un Américain en Touraine
Un texte de Henry James

Automne 1882. Le monumental écrivain américain Henry James a 34 ans. Maîtrisant le Gaulois depuis ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>