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Je pardonne aux Tourangeaux d’être bêtes, ils sont si heureux

Rencontre avec l’un des écrivains bankables du moment : le vieil Honoré. Il nous parle Touraine et Tourangeaux, avec un regard parfois doux et souvent impitoyable. Un conseil : enfilez un verre de Sancerre avant d’avaler ses mots.


balzacMonsieur de Balzac, vous êtes devenu un écrivain tendance, parfois un peu pompeux mais souvent juste. Votre parcours en quelques mots ?

La vie d’un homme est son image : il doit, non pas raconter sa vie telle qu’il l’a vécue, mais la vivre telle qu’il la racontera.

Admettons… La Loire occupe une grande place dans votre œuvre. Que vous inspire-t-elle ?

Si vous voulez voir la nature belle et vierge comme une fiancée, allez là par un jour de printemps ; si vous voulez calmer les plaies saignantes de votre cœur, revenez-y par les derniers jours de l’automne ; au printemps, l’amour y bat des ailes à plein ciel, en automne on y songe à ceux qui ne sont plus. Le poumon malade y respire une bienfaisante fraîcheur, la vue s’y repose sur des touffes dorées qui communiquent à l’âme leurs paisibles douceurs.

Vous êtes né à Tours, vous y revenez parfois, que diriez-vous aujourd’hui de cette ville ?

Cette ville est rieuse, amoureuse, fraîche et fleurie… Et comptez, si vous y allez, que vous lui trouverez, au milieu d’elle, une rue délicieuse où tout le monde se promène, où toujours il y a du vent, de l’ombre, du soleil, de la pluie et de l’amour.

Vous parlez de la Rue Nationale ?

C’est une rue toujours neuve, toujours royale, toujours impériale, une rue patriotique, une rue à deux trottoirs… une rue si large que jamais nul n’a crié : « gare ! »…

Malgré le tramway ?

Une rue qui ne s’use pas, une rue bien pavée, bien bâtie, propre comme un miroir, populeuse, silencieuse à ses heures, coquette, bien coiffée de nuit par ses jolis toits bleus ; bref, c’est une rue où je suis né, c’est la reine des rues, la seule rue de Tours. S’il y en a d’autres, elles sont noires, étroites, humides, et viennent toutes respectueusement saluer cette noble rue qui les commande.

Disons que ça fait une paie alors que vous n’êtes pas revenu…. Plus largement, vous êtes attaché à la Touraine…

La Touraine, j’avais besoin d’y revenir comme un enfant sur le sein de sa mère. Oh si vous saviez ce que c’est que la Touraine !… On y oublie tout. Je pardonne bien aux habitants d’être bêtes, ils sont si heureux ! Or vous savez que les gens qui jouissent beaucoup sont naturellement stupides.

Vous allez vous faire des amis, vous savez ?

Le Tourangeau, si remarquable au dehors, chez lui demeure comme l’Indien sur sa natte, comme le Turc sur son divan. Il emploie son esprit à se moquer du voisin, à se réjouir, et arrive au bout de la vie, heureux.… Quant à la fainéantise, elle est sublime et admirablement exprimée par ce dicton populaire : — Tourangeau, veux-tu de la soupe ? — Oui. — Apporte ton écuelle ? — Je n’ai plus faim. Est-ce à la joie du vignoble, est-ce à la douceur harmonieuse des plus beaux paysages de la France, est-ce à la tranquillité d’un pays où jamais ne pénètrent les armes de l’étranger, qu’est dû le mol abandon de ces faciles et douces mœurs. A ces questions, nulle réponse.

On va finir par croire Théophile Gautier quand il raconte que vous sifflez un peu trop de Sancerre… Dîtes-nous, Monsieur de Balzac, pourquoi Saché ?

Saché est un débris de château sur l’Indre, dans une des plus délicieuses vallées de Touraine. Le propriétaire, homme de cinquante-cinq ans, m’a fait jadis sauter sur ses genoux. Il a une femme intolérante et dévote, bossue, peu spirituelle. Je vais là pour lui ; puis j’y suis libre…

On se demande quand même pourquoi vous aimez tant la Touraine…

Ne me demandez plus pourquoi j’aime la Touraine. Je ne l’aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert ; je l’aime comme un artiste aime l’art ; je l’aime moins que je ne vous aime, mais sans la Touraine, peut-être ne vivrais-je plus.

Propos recueillis par Donatien Leroy, Battements de Loire

A visiter malgré tout :
Le château de Saché :
www.lysdanslavallee.fr

Bibliographie :
L’illustre Gaudissart
Le lys dans la vallée
Contes drolatiques
Correspondance

Sources :
www.debalzac.wordpress.com
www.sculfort.fr/articles/etoes/19e/balzac/touraine.html
www.histoirecenthistoires.blogspot

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2 / 2 Commentaires

  1. Voilà donc un bon article, bien passionnant. J’ai beaucoup aimé et n’hésiterai pas à le recommander, c’est pas mal du tout ! Elsa Mondriet / june.fr

  2. Au début de l’ article c’est pas mal effectivement, ensuite je suis un peu perdu (voir septique) vers la fin, peut être que vous pouvez m’ éclairer ? Marc étudiant / président de l’association Seo-Rennes

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