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Du temps, de la chimie, de l’obscurité et une certaine mécanique

AutoPouleQui êtes-vous, Monsieur Darrasse ?

Je m’appelle Clément, je suis né à Paris, j’ai 39 ans, j’ai grandi en Touraine, j’ai un fils de17 ans, durant les 15 dernières années j’ai vécu dans pas mal d’endroits, depuis un peu plus d’un an j’habite Chezelles, je suis photographe.

Comment ou pourquoi devient-on photographe ?

Je pense qu’il y a beaucoup de façons et de raisons pour devenir photographe et plutôt que de parler pour -on- je me limiterai à parler de -je-. Pour ma part je suis devenu photographe de la même façon que je suis devenu tourangeau, par hérédité, non vraiment par choix. Mon grand père paternel a fait les Beaux Arts à Paris au tout début du XXème siècle, il s’est installé à Azay sur Cher en 1927 et y a fait de la peinture, de la gravure, du dessin, beaucoup de céramique, un peu de photographie et neuf enfants. Le huitième, mon père, était photographe professionnel et c’est lui qui m’a appris à écrire avec la lumière. J’ai commencé à manier la photographie en petit, moyen et grand format vers mon adolescence et je n’ai jamais arrêté. Pour moi un photographe, c’est quelqu’un qui fait une photo, quels que soient ses outils et ses ambitions, je crois qu’on peut considérer que la terre n’a jamais compté autant de photographes qu’aujourd’hui. Un photographe professionnel est quelqu’un qui en a fait son métier, qui gagne de quoi vivre avec la photographie, et ça, c’est une autre paire de manches mais ça n’a strictement rien à voir avec la qualité des photographies. Je suis devenu photographe professionnel parce que j’avais le savoir et les outils pour répondre à des commandes et qu’il fallait trouver de quoi manger. L’arrivée du numérique dans la profession a installé une vraie distance entre ces travaux de commande et ce que j’aime profondément dans la photographie, dans son rapport au temps, à la chimie, à l’obscurité du laboratoire et à la mécanique des outils.

Quel est votre souvenir le plus intimement lié à la Touraine ?

Ma vie ne serait pas ce qu’elle est sans la foire aux vins de Cravant les Coteaux du 8 mai 1996.

Que détestez-vous particulièrement en Touraine ?

Le chauvinisme, la CTR, l’urbanisme. Les politiques urbaines ont la fâcheuse tendance de confondre lieu de vie et centre commercial, ça n’est pas particulier à la Touraine, c’est un mouvement quasiment mondial. Ça a atteint un niveau que je supporte difficilement, mais c’est peut-être que je vieillis.

Chemise-4Un lieu, une odeur, un plat, un livre auxquels vous êtes attaché ?

Le feu, l’odeur du feu, la cuisine sur le feu, et puis Le Marin de Gibraltar de Marguerite Duras, surtout la première partie qui se passe en Italie et qui, je crois, peut formuler une définition de la liberté.

Retrouve-t-on la Touraine au détour de votre œuvre ?

C’est drôle parce que pendant des années j’ai trimbalé mon appareil dans des pays assez lointains et je me suis souvent dit que les photos que je réalisais dans ces contrées auraient très bien pu être prises au bout de ma rue. Au Groenland, dans le désert d’Atacama, en Inde ou aux Philippines, j’ai remarqué que mes images opéraient une sorte de déséxotisme. J’ai vécu les 10 premières années de ma vie à Azay sur Cher, proche de l’architecture romane et de la campagne, je pense que cela a fondé chez moi une certaine attention pour les relations entre la nature et son habitation par l’homme. Ma photographie s’attache donc au paysage, dans les campagnes, les déserts, les villes, la mer ou les cieux mais aussi aux choses qui permettent la vie des hommes, les vêtements, la nourriture, les outils du quotidien. Alors je peux penser à la Touraine de cette façon. Je sais que mon grand père a choisi cet endroit pour y vivre, y créer des objets et une famille.

La légende dit que c’est à Tours que la langue française est la plus pure, quel est votre mot préféré ?

J’ai souvent entendu cette histoire et régulièrement sous la forme « la région où les gens parlent le français sans accent ». Je me suis toujours dit que si c’était le seul lieu sans accent, alors ça en devenait un. À part ça, j’aime bien les mots qui s’échappent comme par exemple -plus- qui peut facilement être compris pour un sens ou son contraire. Ou encore -en- et -haie- qui ne sont que des phonèmes avec très peu de matière mais beaucoup de finesse, dans l’accent, justement.

Et enfin, si la Touraine était une photographie, quelle serait-elle ?

Une photographie un peu sous-ex* mais avec une très grande gamme de tonalités, on y verrait un noyer et au loin, sur une pente, des vignes, dans le ciel des traînées d’avions et au premier plan des pavés autobloquants.

Propos recueillis par la rédaction de Battements de Loire

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