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INFLUENCES > PHOTOGRAPHIES
En attendant Camille… #3
Auteure, modèle

j’étais salarié
puis j’étais chômeur
puis j’étais salarié
puis j’étais chômeur
je passais pour un type qui n’avait pas de chance
et je me fondais dans cette masse de gens qui s’en contentent
de ce manque de chance
mon père est mort

mon père est mort
et j’ai bouleversé ma vie
j’ai beau me concentrer sur l’horizon
je ne comprends pas le rapport

mon père est mort
et depuis ce jour j’ai vécu ma vie
j’ai pris la route
je suis devenu colère
plus rien ne pouvait plus me contenter
je me suis alors usé jusqu’à la corde
et la corde a tenu

Donatien

C’est à peu près, que je vais essayer, de répondre à tes questions.
C’est à peu près les mots d’une fille, à peu près normale. C’est à peu près une trentenaire, qui a à peu près du vécu et qui trimbale ses valises de souvenirs, de rage et d’espoirs.

Camille, elle ne sait pas encore vraiment quoi raconter, sinon elle écrirait.
Camille, elle est juste curieuse et elle veut d’autres choses dans sa vie. Alors c’est à peu près qu’elle va s’essayer à la photographie. Camille, elle cherche à affronter son passé, elle cherche des réponses, comme à peu près tous les êtres, à peu près adultes. Camille, elle sait que notre passé nous construit, nous démolit, fait de nous qui on est, enfin, à peu près. Alors Camille, elle cherche à savoir qui elle est, ce qu’elle aime, ce qu’elle va devenir, ce qui est, vraiment, important.
Comme toi aussi, tu l’as fait avant.
Camille, c’est en fait peu près, toi, c’est à peu près moi, c’est à peu près eux. C’est à peu près un être banal, doté d’à peu près un cœur et, pire, d’une conscience, enfin à peu près, ou du moins elle aime à le croire.

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Se dévoiler, se mettre à nu, se livrer aux autres, là, comme ça, brutalement, entièrement, pour se découvrir soi, mais quelle drôle d’idée. Amour du risque, de la provocation, de l’art, oui un peu de tout ça, mais pourquoi comme ça ?
J’avoue n’avoir qu’à peu près la pudeur du corps. Après tout, un corps est un corps, une enveloppe. Certes, il peut nous contraindre, nous blesser, mais pourquoi s’en faire un ennemi ? Je préfère, même si ce n’est qu’à peu près, l’utiliser, l’user, le dépasser. J’aime, à peu près, rendre hommage aux corps, pour leur essence même, leur pureté, leurs courbes et leurs traits. Leur simplicité et toutes les histoires qu’ils peuvent nous révéler. Tous ces défis qu’ils nous permettent de relever et toute leur, à peu près, complexité.

Plus que celle de la nudité, la véritable intimité est, avant tout, celle de la pensée. Celle de l’échange, du partage, celle de ces rencontres, qui vous touchent. Celle des gens que l’on croise, à peu près, et qui dans un regard, ou au détour d’un flash, te font savoir, à peu près, qui tu es. Alors, du bout des doigts, tu frôles quelqu’un et à peu près, d’un rien, on se reconnaît. Parmi tous les dédales de nos âmes, tout naturellement à deux, on sait. Alors même si ce n’est qu’à peu près, qu’est ce que ça fait du bien de se trouver

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De ces rencontres, le besoin d’écrire est réapparu, pas de fictions, non, mais des sentiments, posés là, comme ça, violemment, impudemment.
Loin de ces textes lancinants, qui prennent tous leurs temps, qui se perdent aux détours de virgules et de détails. De ces textes qui n’en finissent pas de descriptions, de rimes incomplètes, distrayant le lecteur et l’égarant.
Vous trouverez dans mes écrits, mes doutes et mes ressentis. Bien plus qu’un moment, ce sont des bouts de vie, voilà la différence avec mes photographies. Même si j’aime à croire, qu’il y a dans certains regards, des éclats d’âme que l’on peut apercevoir. Pour ma part, ce sont bien dans mes histoires que vous pourrez réellement me voir.
Comme j’aime à le dire et encore plus à vous l’écrire, je suis à l’image de mes mots. Je suis dure, brutale, j’aime que l’on me bouscule, me saisisse, me transperce d’un regard ou d’une phrase. J’aime les mots qui vous heurtent, les uppercuts, les coups qui vous vont droit à l’âme, sans détours ni crochets. Alors, j’espère, un jour, arriver à vous happer, vous jeter aux tréfonds de mes pensées, pour vous initier à la noirceur, tout comme à la douceur. Et au plus profond de votre cœur, vous bouleverser, à jamais.

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mon père est mort un matin
les biches ont couru dans la brume
je me suis regardé dans la glace
j’ai alors souri
j’ai alors pris la route
j’ai alors vécu

j’ai tout abandonné
sans explication
il était temps de ne plus en donner
j’ai roulé vite et longtemps
je ne voulais pas être rattrapé
qu’importe si j’ai pris de mauvaises routes
je ne savais pas où aller
mais je ne voulais pas y retourner

j’aurais pu y passer
crever de froid
crever de faim
et pire tomber en panne de cris et de révoltes et d’envie
je ne regardais pas dans le rétroviseur
je ne vérifiais pas l’angle mort
je roulais vite
et j’avançais

j’ai pris des routes dangereuses
et je suis presque usé
mais je choisissais les routes mauvaises et déconseillées
je voulais le chemin
je voulais le trouver
je regardais les horizons défiler
et les nuages se bousculer
je me violentais
je ne m’épargnais rien
je voulais le bout de la route
je voulais le chemin

Donatien

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Texte en noir Camille
Textes en rouge Donatien Leroy
Photographies (respectivement)
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